Nouveauté Facebook : le Graphe. Big Brother is watching you…

Facebook CEO Zuckerberg introduces a new feature called "Graph Search" during a media event at the company's headquarters in Menlo Park, California

Nous revoilà donc avec un nouvel article sur Facebook, encore. Obsédées nous direz-vous ? Non, plutôt passionnées et parfois indignées… Explications :

Mark Zucherberg, fondateur et directeur général de Facebook, a présenté mardi 15 janvier 2013, lors d’une conférence de presse très attendue, le dernier né du réseau social. C’est le premier gros événement public du groupe depuis son introduction – très mouvementée – en Bourse en mai 2012 : le Facebook Search Engine (ou Graphe en français, mais c’est bien moins glamour).

Graphe Facebook : Késako ?

C’est le nouveau moteur de recherche qui permettra à tous les utilisateurs Facebook de lancer des requêtes au sein même du réseau, son but n’étant pas de remplacer l’actuelle barre de recherche déjà présente sur le site.

Cet outil permet de faire des recherches uniquement sur Facebook et non sur le web comme Google. Pour effectuer une recherche sur Google, un assemblage de mots clés suffit. Les résultats obtenus sont alors les liens correspondants au mieux à ces termes choisis. Sur le graphe Facebook, en revanche, des phrases entières, comme « mes amis new-yorkais qui aiment Jay-Z », sont de rigueur (avec sujet, verbe, complément d’objet direct, épithète ou complément du nom. C’est là que cela se corse pour certains…).

Par exemple, si je recherche un restaurant sympas à Londres, il me suffira de taper « restaurants londoniens où sont allés mes amis » et j’obtiendrai la liste de tous ces restaurants, dès lors que mes amis s’y seront « géolocalisés » (via un check-in) au moins une fois. Il sera également possible de rechercher des personnes selon leurs centres d’intérêts ou leur situation sociale. Par exemple : « amis d’amis qui sont célibataires et qui aiment Games of Thrones », ou encore « quelle type de musique aiment mes amis? »

On pourra aussi rechercher des photos parmi les centaines de milliers présentes sur le réseau en tapant : « photos que j’aime », « photos de mes amis prises à Barcelone en 2008″… Mieux encore! Facebook deviendra le nouveau Cupidon 2.O : Si on ne se souvient plus du nom de la personne qui nous a particulièrement tapé dans l’œi lors d’une soirée, il suffira de mettre « garçon nommé Barthélémy qui a fait Sciences Po et aime Star Wars »…  Qui a dit que Facebook était un peu intrusif ?!

Mais nous savons aussi que Facebook veut se faire des amis de tous, et donc satisfaire tous ses publics. C’est pourquoi le Graphe peut aussi être utilisé à des fins professionnelles : retrouver des personnes travaillant dans une entreprise est désormais un jeu d’enfant. Pratique ! Tout le monde y trouve son compte !

Si toutefois Facebook ne parvient pas à satisfaire la recherche, il se référera aux résultats de Bing, moteur de recherche et logiciel de Microsoft, partenaire de longue date de Facebook, et surtout ! Concurrent direct de Google (l’ennemi juré de ce brave Facebook)

Pour le moment, la recherche dans le graphe est disponible dans le cadre d’un programme bêta très limité et destiné aux utilisateurs de la version Anglaise (donc seulement aux Etats-Unis – lucky them). Mais alors quand cet outil s’abattra-t-il sur nous ? Et surtout quelles conséquences cela aura-t-il sur notre vie privée (nous pauvres humains) et pour les entreprises (bientôt maîtres du monde) ?

Là est la question. Car derrière la vie utopique que nous propose le Graphe (où ce seront désormais les avis de nos propres amis qui nous feront choisir un restaurant plutôt qu’un autre) se cache une guerre aux liens sponsorisés. Et cela, personne ne se le cache. Là où Google propose ce qui est le plus populaire sur le Web, Facebook présente ce qui est le plus apprécié par nos amis. Alors comment les marques vont-elles se frayer un chemin et s’immiscer davantage dans nos vies ?  Avec 1 milliard de membres, les annonceurs pourraient préférer les liens sponsorisés sous l’avis d’un des membres de Facebook plutôt que d’être en tête d’une recherche Google.

En 2013, jusqu’à cinq cents millions de dollars de recette annuelle supplémentaire pourraient être générés grâce à cet outil. Officiellement, Facebook cherche à  démontrer qu’il existe d’autres manières de faire des recherches sur Internet, et « distiller l’idée auprès des internautes qu’ils ne sont pas obligés de passer par Google pour trouver des réponses ». Officieusement, c’est la gue-guerre entre Facebook et Google. C’est pourquoi Facebook fera tout pour couler son adversaire, en commençant par s’allier à Bing pour compléter son outil…

Et les internautes ?

Eh bien autant dire que la moindre particule de leur vie en ligne sera disponible en un clic. Ou plutôt en une phrase bien construite dans la barre de recherche de Facebook.

Certes, Marc Zucherberg a assuré que, dans le monde viral parfait qu’il a construit pour nous, Facebook ne pourra chercher que dans les données partagées et non dans celles protégées. Seuls les amis y auront donc accès, et, bien sûr, une petite notification informera chaque membre, dès lors que quelqu’un recherchera des informations à son propos.

Mais on n’est pas des moutons !

Tout le monde se souvient du pseudo « bug »  où une mise à jour du réseau social avait fait remonter dans le journal des messages datant d’avant 2011. En réalité il n’en n’était rien. Ces messages n’étaient pas réellement « privés » (car qu’est ce qui l’est vraiment sur Facebook…). Il n’empêche que les utilisateurs ont été secoués, et qu’en à peine quarante-huit heures, tout le monde s’est senti concerné par l’utilisation des données personnelles sur Facebook (comme si avant cela, ce n’était qu’une légende urbaine). Le réseau assure qu’une série de réglages seraient préférable avant la mise au point du Graphe, de manière à ne pas avoir (encore) de mauvaises surprises. Alors oui, beaucoup vont prendre le temps de le faire. D’autres non.

Un récent sondage de TNS Sofres pour la Cnil a démontré que « moins d’un tiers des français qui publient des photos sur Facebook avaient le sentiment de bien connaître les paramètres de visibilité. Ceux qui ne les adaptent pas systématiquement n’y pensent pas (44%) ou les trouvent trop compliqués (19%) ».

C’est là que règne l’incohérence de cet outil : On ne choisit non plus les éléments que l’on veut montrer de nous sur la toile, mais ceux que l’on veut cacher. Facebook a introduit Gossip Girl sur le réseau, et à ce rythme, il est plus simple de se déconnecter complètement.

Suzanne Matuszewski & Marie Ecobichon

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