Le monde merveilleux des commentaires sur Internet

commentaire

Que ce soit sur Facebook, YouTube ou sur les sites d’informations en ligne, je ne peux m’empêcher de jeter un oeil aux commentaires laissés par les internautes. Parfois une perte de temps, parfois intéressants, parfois révoltants, les commentaires sur Internet reflètent-ils pour autant l’opinion publique en général et celle des « vrais gens » en particulier ?

TROLLS, HATERS ET HOAX

A l’ère du 2.0 et du web participatif, Internet est devenu pour beaucoup un espace infini de possibilités. Dorénavant, n’importe qui peut, entre autre, donner son avis sur n’importe quoi que ce soit une proposition de loi ou le nouveau clip de Beyonce, vous et moi, nous avons la parole. Contrairement à la “vraie” vie où l’on ne trouvera pas toujours une oreille attentive, Internet est toujours là pour nous laisser nous exprimer et la liberté d’expression est d’ailleurs portée en étendard par la plupart de ses utilisateurs. La toile devient un espace public et comme tout lieu public, elle a son lot d’incivilités. Avant les années 2000, beaucoup pensait que l’anonymat était le problème. Souvent dénoncée, l’anonymat apparaissait comme étant la parade ultime pour celui qui voulait nuire sur Internet : l’écran le protégeant de toutes représailles, tout devenait possible. À partir des années 2000, nous avons pu assisté à la personnalisation de l’identité numérique notamment avec l’arrivée de Facebook en 2006, chacun se doit maintenant d’exister sur Internet. Cette personnalisation n’a pourtant pas effrayé les trolls, haters et autres lanceurs d’hoax présents sur la toile. Le troll désigne un internaute participant à une discussion ou un débat de manière ironique, sarcastique ou pas dans le seul but de susciter une polémique, d’agacer, de déranger, bref de faire réagir. Ce terme issu à l’origine du monde des jeux vidéos est devenu un lieu commun du monde d’Internet et fait l’objet de nombreuses parodies et de mèmes. Le hater désigne toute personne qui ne peut se réjouir du succès d’une autre préférant la tourner en ridicule, la critiquer et exposer ses failles. Quant aux hoax, c’est un mot anglais désignant un mensonge fabriqué de toute pièce par quelqu’un mais conçu pour apparaître crédible aux yeux de tous. Du fait de la viralité d’Internet, il est très difficile de faire disparaître complétement un hoax de la toile.

Mème du troll (cliquez pour agrandir)

Mème du troll (cliquez pour agrandir)

Ces trois acteurs du monde numérique sont devenus inévitables sur Internet mais sont pourtant méconnus de certains internautes. En effet, Internet a donné lieu à toute une génération de “digital natives” qui, connaissant les codes de cet univers, arrivent à les repérer mais les générations plus âgées n’ayant pas les mêmes connaissances du monde digital sont souvent plus susceptibles de tomber dans le panneau, on les appelle les “migrants numériques”. Ces internautes n’ont pas souvent le reflexe de vérifier les informations ni de croiser les sources citées par les trolls, haters et lanceurs d’hoax et leur permettent donc de diffuser leurs messages en toute impunité.

CYBER ACTIVISME ET THÉORIE DU COMPLOT

Cette méconnaissance d’internet, certains ont appris à l’utiliser à leur avantage. Les partis politiques notamment mais également les mouvements alternatifs ou complotistes se servent de la viralité d’internet pour propager leurs idées de manière rapide et visible. Que ce soit la fachosphère” regroupant des partisans de l’extrême droite ou ceux de la “réinfosphère” affirmant être des médias hors systèmes, le cyber-activisme passe par les commentaires sur Internet. Ces militants d’une nouvelle ère ont appris à se réapproprier des sujets populaires pour faire passer leurs idées de manière plus ou moins insoupçonnée. Ainsi, l’actualité et les débats de société sont pour eux une source intarissable de sujets pour leurs commentaires.

Les exemples les plus flagrants de ces derniers mois étant les multiples attaques envers la Ministre de la Justice, Christiane Taubira : montages photos, commentaires racistes, hoax concernant son fils soit disant assassin… trolls, haters et lanceurs d’hoax, tout le monde était au rendez-vous. Également, les rumeurs concernant les immigrés profiteurs, les photos-montages se moquant des musulmans, les attaques envers les médias prétendument soumis à l’État ne cessent d’être partagés.

Exemple d'hoax (cliquez pour agrandir)

Exemple d’hoax (cliquez pour agrandir)

Un ancien militant de l’ultra-droite évoquait dans un article du Midi Libre les techniques pour infiltrer les espaces d’expression en ligne : “Il fallait en priorité « squatter » les sites d’information générale à la recherche de toutes les informations « raciales » possibles. [...] Les réseaux sociaux et les commentaires dans les articles de presse étaient l’idéal pour ça.” ou encore “Par exemple il suffit de prendre un pseudo à consonance musulmane et lancer des insultes aux Français, en prônant une République islamiste à Paris ou ce genre de choses. C’est très gros mais ça marche à chaque fois.”. Il ajoute que pour pouvoir être crédible, chaque militant utilisait plusieurs fois la même identité, pour que les internautes aient, à force, l’impression de le connaître et qu’ils le considèrent comme faisant parti des leurs,  les “gens normaux”.

(Cliquez pour agrandir)

Au final, les cyber-activistes, à force d’insinuations et de démonstrations semblant évidentes, arrivent à faire dire aux autres internautes ce qu’ils n’ont pas le droit de dire eux-mêmes au risque d’être censurés. Et la censure justement leur permet d’appuyer davantage leurs théories en se faisant passer pour les victimes : la liberté d’expression est bafouée, on les empêche de propager la vérité. Ainsi, votre oncle ou votre voisine, convaincus du bien-fondé des informations, se retrouvent à les commenter et à les diffuser sur Facebook sans connaître leurs sources et sans forcément partager les mêmes idéologies que leurs auteurs.

UNE CULTURE DU WEB MODIFIÉE

Depuis l’élection de François Hollande au pouvoir, les modérateurs des sites d’informations ont constaté une recrudescence d’attaques et d’agressivité dans les commentaires, tout est sujet à polémique. Le sentiment de liberté accordé par Internet permet à tout le monde d’exprimer son ras-le-bol et de fédérer pour les cyber-activistes. Dernier exemple en date avec la page de soutien du “Bijoutier de Nice” et ses 1,6 millions de likes où chacun y allait de son commentaire prônant le droit de se faire justice soi-même. Cette culture du conflit est en train de changer notre rapport avec le web et les commentaires prennent de plus en plus d’importance par rapport au contenu commenté. D’après une expérience parue dans le Journal of Computer Mediated Communication, les commentaires négatifs sur internet influenceraient notre opinion concernant l’article commenté et joueraient donc un rôle dans le fondement de notre propre opinion. Deux grands géants d’Internet, Facebook et YouTube, ont d’ailleurs rajouté des compteurs de likes aux commentaires et une option permettant de commenter les commentaires… qui deviennent donc eux-mêmes du contenu. La course aux likes continue donc jusque dans les commentaires : surenchère, provocation gratuite, tout est bon pour se faire remarquer ! 

La question de la censure et d’une modération plus sévère se pose. Le 18 octobre dernier, Julien Sanchez, un élu du Front National, a par exemple été condamné par la cour d’appel de Nîmes à 3000 euros d’amende pour avoir laissé en ligne sur sa page Facebook des commentaires à connotation raciste publiés par deux internautes. Son profil Facebook étant public, il s’est vu condamné en tant que « directeur de publication ». Mais les commentaires jouent cependant un rôle primordial pour les sites d’informations en ligne et autres réseaux. En effet, ceux-ci permettent tout d’abord aux journalistes, auteurs, apprentis réalisateurs ou chanteurs de savoir qu’ils sont regardés, d’échanger avec leurs publics mais également de déterminer quelquefois leurs choix éditoriaux. Et surtout, les commentaires sur Internet influent sur le trafic du site, le nombre de pages vues et donc sur le prix des publicités vendues… La solution avancée par certains professionnels serait donc en premier lieu de revoir l’apprentissage de la culture du numérique. En effet, des formations autour de la culture du web permettraient aux migrants numériques de mieux comprendre les pièges virtuels des cyber-activistes mal intentionnés mais également aux plus jeunes de mieux appréhender les critiques souvent difficiles rencontrées sur le net et d’empêcher ainsi le cyber-harcèlement, nouveau phénomène issu de cette culture du conflit sur Internet.

Trolls, haters ou tout simplement lecteurs, j’attends maintenant vos commentaires !

Camille GAL

Bientôt diplômée d'un M2 communication 365, j'aime l'art, la politique, le digital.   Tumblr   Linkedin

8 comments

  1. Sabrina   •  

    Très bon article merci!
    Je suis aussi restée très attentive jusqu’à la fin.
    J’ai enfin compris ce qu’est un Troll et un hater Je ne fais pourtant pas partie des anciennes générations quoique…( Les années 80 c’est si loin que ça ? ? ?) Mais j’avais du mal à intégrer ces notions Pour ce qui est des hoax je connaissais et lorsque j’en reçois j’envoie à l’expéditeur le lien des pages qui expliquent que c’est un hoax pour sensibiliser les gens petit à petit

    Mais la plupart ne se rendent pas compte qu’ils alimentent les polémiques et qu’ils font le bonheur de ceux qu’ils souhaiteraient combattre Je ne sais pas si je me fais bien comprendre
    Certains le font de manière très naïve et sont plein de bonne volonté et puis il y a ceux qui ont des œillères à qui on explique qu’il ne faut pas répondre, pas partager et qui 6 mois après vous renvoient la même connerie sur les batteries de téléphone qui explosent ou de cette pauvre petite fille qui va mourir dans 2 mois (depuis le temps qu’elle tourne celle là j’espère que la malheureuse est soignée sinon…)
    Désolée pour la longueur de mon commentaire mais vraiment je crois qu’on devrait être tous sensibilisés à ça parce que ça peut parfois être bien + dangereux que les exemples que j’ai cités

    Pour résumer je vais partager sur tous les réseaux sociaux ;-)

  2. Guy Déridet   •  

    Une solution, à mon sens, serait de mettre fin à l’anonymat numérique. Les lettres anonymes n’ont jamais été considérées comme des exemples de démocratie. Que chacun puisse s’exprimer librement, dans le respect des lois et règlements, certes, mais plus de façon anonyme. Cela ne résoudra pas les problèmes, cela pourra être contourné, mais cela.devrait limiter les dégâts.

    • Todji   •  

      Je suis un Grand Médium Voyant Maitre TODJI vous aidera à trouver une solution pour tous vos problèmes de : Richesse Rapide , Retour

      d’Affection ,Talismans, Sorcellerie, Magie, envoûtements, Travail Stable et Définitif , attraction de clientèle, Chance, Voyance, Formules de

      l’argent, Permis de conduire, Consultations , Maladies incurables etc…

      Appel ou whatsapp : 00229 97799342

      Email : maitrespirituelmeduom@gmail.com

      Je suis à votre disposition 24H/24H et 7J/7J

  3. Anaïs VEG   •  

    Un bon article en somme: Internet c’est la jungle et comme tout média, il ne faut pas prendre tout ce qui s’y trouve pour argent comptant.
    La culture de l’information et participatif a aussi ses mauvais côtés

  4. Todji   •  

    Je suis un Grand Médium Voyant Maitre TODJI vous aidera à trouver une solution pour tous vos problèmes de : Richesse Rapide , Retour

    d’Affection ,Talismans, Sorcellerie, Magie, envoûtements, Travail Stable et Définitif , attraction de clientèle, Chance, Voyance, Formules de

    l’argent, Permis de conduire, Consultations , Maladies incurables etc…

    Appel ou whatsapp : 00229 97799342

    Email : maitrespirituelmeduom@gmail.com

    Je suis à votre disposition 24H/24H et 7J/7J

  5. Cornelius wallas   •  

    Non je troll, en vrai super bon article, bien écrit, je suis resté attentif du début à la fin.

    Bravo !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>