Les médias sociaux, QG de la vanité 2.0 ?

Echoandnarcissus

Loin de moi l’idée de faire de la psychologie de comptoir autour de la relation entre la génération Y et les réseaux sociaux mais à l’heure où le personal branding est devenu normal et la course au like un combat de tous les jours, je me dis qu’une petite prise de recul sur le phénomène de narcissisme numérique ne peut pas nous faire de mal.

Non, non, je ne vais pas non plus me lancer dans la critique des modes de vie de notre génération qui, happée par les écrans, ne “s’intéresse à rien d’autre”, écrit en langage sms et passe son temps à jouer au jeux vidéos plutôt qu’à gambader dans les champs.

Le narcissisme n’est pas un phénomène de notre génération, il existe depuis toujours (oui oui je les imagine bien les hommes préhistoriques en train de se venter d’avoir pêcher le plus gros poisson..). Je n’affirmerai donc pas que la démocratisation des réseaux sociaux soit à l’origine d’une potentielle course à l’égo mais on ne va pas se mentir, ces évolutions n’ont pas aidé à nous faire dégonfler le melon.

Une réponse à des besoins
Je m’étais promis de ne pas faire d’analyse sociologique à la noix, d’abord parce que je ne maîtrise le sujet, et ensuite parce que d’autres l’ont très bien fait avant moi (Sociologie des réseaux sociaux de Pierre Mercklé, Facebook m’a tué de Thomas Zuber et Alexandre Des Isnards…).  Mais après pas mal de lecture et un peu de réflexion il me parait quand même compliqué de parler de ce phénomène en contournant le sujet.

Ben oui, parce que quand on y réfléchit, quand dans sa petite chambre Mark a crée Facebook pour mettre les étudiants en relations, il a, malgré lui (?), répondu à l’un des besoins fondamentaux de l’être humain.
Brièvement, si on reprend la pyramide de Maslow, qui définit nos besoins fondamentaux selon 5 niveaux on retrouve : les besoins physiologiques, de sécurité, d’appartenance, d’estime de soi et d’accomplissement.

Sans vouloir faire de raccourcis, on peut s’en trop s’avancer, faire un parallèle entre les médias sociaux et la satisfaction de ces besoins, à la base de nos motivations.
En effet, il ne faut pas oublier, qu’à leur création les réseaux sociaux avaient pour vocation de donner aux utilisateurs un moyen de créer des relations, de communiquer, de développer un réseau… et c’est ce en quoi leur besoin d’appartenance à été satisfait.
Mais en facilitant les relations et en leur donnant une nouvelle dimension, les réseaux sociaux ont crée une sorte de dépendance vis à vis des utilisateurs qui ont vu en eux, une manière plus simple de gérer ses relations sociales (c’est pas donné à tout le monde de parler à un inconnu pour l’inviter à boire un verre).

Ces nouveaux moyens de communication se sont alors diversifiés et développés de manière considérable et les évolutions et les fonctionnalités qui en ont résulté ont donné aux internautes une manière de satisfaire un autre de leur besoin : celui d’estime de soi et de reconnaissance.

Les mots doux échangés sur Facebook, les blogs, les retweets, les likes,  ont donné à leurs utilisateurs autant de moyens de faire connaître leur singularité , leurs qualités mais aussi.. de satisfaire leur ego.
Pour se sentir reconnu et aimé, il faut réussir à capter l’attention, à se différencier et pour ça, il semblerait que la mise en scène de sa vie soit la solution !

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Photo de profil digne de la couverture du dernier Vogue, exhibition de sa vie privée en 140 caractères, illustration de ses anecdotes sur bitstrips, engouement pour les blog mode, battle de selfies, photos Instagram de son dernier repas… Bref on peut s’en donner à cœur joie en terme de nombrilisme sur les médias sociaux et ce n’est donc pas innocent si le hashtag #me est même le troisième le plus utilisé par les internautes!

Mais bon, ne nous méprenons pas - Loin de n’être que physique, cette mise en avant de soi c’est aussi le besoin de montrer ce qu’on a dans le ciloulot.
Après de longues heures, perdues à scruter ma page Facebook, force est de constater que donner son avis sur des sujets politique ou de société est devenu pour certains une véritable passion.
Enfin, loin de moi l’idée de critiquer l’engagement politique ou le fait de défendre ses idées et bien que je ne me sois toujours pas remise de certains tweets, statuts et « fines » analyses que j’ai eu l’occasion de lire, les faits sont là : Peu importe l’intérêt ou la profondeur de ce que qu’on à raconter, on aime donner notre avis, se sentir écouté, montrer qu’on existe … et les médias sociaux nous en donne l’opportunité.
On note d’ailleurs le développement ces dernières années des journaux d’informations participatifs (Rue 89, Le post, Slate.. ) et de l’ouverture au commentaires sur pratiquement tous les sites d’informations.

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Alors on les aime les internets! Grâce à eux ont peut s’exprimer, se sentir important, se mettre en avant, se créer une nouvelle identité..
Et ce ne sont pas les instruments qu’on nous met à disposition qui vont permettre d’enrayer le phénomène.

 

On peut même peut-être parler d’une sorte de marketing de l’égo, les spéciialistes du marketing et de la pub’ ont bien noté ce phénomène et même cet insight du consommateurs et se font la course en s’attachant à y donner la meilleure réponse… Alors qu’Evian nous propose de retrouver son « moi – bébé », Coca-Cola distribue des canettes avec nos prénoms et Nutella nous permet d’avoir une étiquette personnalisée.. Du Moi à la pelle !

community-manager-francais-egoEt puisque toujours plus semble être le mot d’ordre, je ne pense pas que les tendances à l’instar du personal branding aient vocation à inverser la tendance. Gérer son image, mettre en avant ses points points, réussir à de différencier… La dictature du moi ne semble pas prête à s’éssoufler. 

Mais alors, si l’utilisation des réseaux sociaux permet de flatter l’égo de l’utilisateur, que le fait que l’estime soit flattée répond à un besoin humain et que la satisfaction de ces besoin est source de bonheur – CQFD – Les médias sociaux rendent les gens heureux ?!
Non.
Selon une étude récemment publiée, une personne sur trois se sentirait plus mal après s’être connectée à Facebook : sentiment de solitude, d’envie, de frustration..

Voir les photos de vacances de ses amis (forcément beaucoup plus cools que les siennes), constater que son statut n’a pas eu le nombre de commentaires attendus et que la photo de sa voisine à eu beaucoup plus de likes que la sienne… tout ça, ça crée des frustrations !
Et ce n’est pas  Bénédicte Vidaillet, psychanalyste et conférencière qui nous dira le contraire : « Il me semble, en effet, que les réseaux sociaux créent les conditions d’une envie généralisée. D’abord, parce que cela passe par la vue – de photos, d’images, d’icônes – et que l’envie surgit toujours par la vue : c’est la pulsion scopique, celle qui désire acquérir ce que possède l’autre. Ensuite, parce que l’envie porte toujours sur des gens qui sont proches de nous, qui sont semblables, comme le sont nos amis sur Facebook. Enfin, parce que la valeur des gens se mesure de façon chiffrée, en nombre d’amis, de commentaires, et qu’il est toujours plus facile de se comparer à une quantité plus ou moins grande. »

Bon alors,  dérive inquiétante ou simple divertissement? Je vous laisse réfléchir à la question, j’ai un article à partager moi.

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