Le marketing autour de la mort

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À la lecture du titre, j’imagine déjà vos réactions: « oh là là, aujourd’hui c’est l’article d’une névrosée ! pov’ fille…». Non, je vais bien merci :). J’ai juste été interpellée par l’info qui a secoué le monde de la musique et les réseaux sociaux ce Lundi 31 mars 2014 ! En effet, le label Epik a annoncé la sortie de « Xscape », le deuxième album posthume de Michaël Jackson, le 12 Mai prochain. Déjà 5 ans que le « King Of Pop » nous a quitté et pourtant il n’a jamais été aussi présent ! Retour sur le marketing de la mort.

 

À peine l’annonce faite, les réactions des fans fusent sur les réseaux sociaux:

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Nombreux sont les impatients… mais nombreux aussi sont les sceptiques ! Céder mais faire profiter les majors ? ou parvenir à résister et être « hors du coup » ?

Michael Jackson: la mort lui va si bien !

Le documentaire posthume « This Is It » retraçant les dernières répétitions de l’artiste interprète du légendaire Thriller , a été particulièrement bien accueilli dans le monde: 328 millions de dollars de bénéfices pour la maison de disque Sony – entrées du cinéma et ventes du DVD inclues. Mais le même sort n’a pas été réservé au premier album posthume « Michael » : Bien que 5 millions de copies se sont vendues en une semaine dans le monde, la polémique autour de la véracité des enregistrements vocaux de l’artiste avant sa mort surgit, l’album déçoit la majorité des fans qui se sentent trahis… donc plutôt un échec en terme de satisfaction, mais une très bonne affaire en terme de chiffres ! Michael Jackson qui était déjà le plus gros vendeur d’album de son vivant (750 millions d’albums partout dans le monde en 40 ans de carrière), est également le plus gros vendeur d’album post-mortem : en juin 2010, soit un an seulement après sa mort, on estimait à + 31 millions d’albums vendus et le nombre augmente d’autant chaque année.

L’accueil du second album semble donc prometteur et même si les fans ne sont pas dupes des stratégies marketing de l’industrie du disque, la nostalgie reprend le dessus : Hélène, étudiante en Master 2 Communication 365° à l’ECS et fan absolue du « King » le confirme : « pour le premier album ce n’était pas sa voix. Les fans le savent. Mais là, je pense qu’ils ne vont pas faire la même erreur. Xscape, ce sera bien lui ».

 Les intérêts des maisons de disque et des ayants-droits est tel que les albums posthumes de MJ devraient sûrement être annoncés: Sony, détenteur des droits, a signé un contrat de dix productions jusqu’en 2017 ! Mais, cela ne risque pas au contraire de briser l’aura mythique autour de l’artiste ? Les morceaux proposés n’étaient pas aboutis par l’artiste lui même, les morceaux de Xscape ne font donc pas tout à fait partis de son œuvre officielle et donc sûrement pas à la hauteur de son talent et des messages qu’il souhaitait véhiculé par sa musique…
Le marketing morbide qui tend à rendre éternel l’artiste ne va t’-il pas finalement le desservir à terme ? Au point où ses fans seront lassés et choqués par les stratégies offensives des maisons de disques surfant sur les émotions, les souvenirs et les sentiments ?

Les morts-vivants de la musique

Cependant, Michael Jackson n’est pas le seul à être un artiste « mort-vivant ». D’autres artistes comme Kurt Cobain, Jimmy Hendrix, Jim Morrison ou Gainsbourg sont de véritables zombies dans le monde musical !
Quelques exemples :

« Unplugged in New York » de Nirvana sort 7 mois après le suicide du chanteur. Avec 6,8 millions d’albums vendus dans le monde c’est le disque posthume le plus vendu !

Otis

Le 8 Janvier 1968, Otis Redding disparaissait. Quelques jours plus tard sort en 45 tours sa chanson « (Sittin’On)The Dock of The Bay » (à écouter ici), qui se propulse illico en tête des charts et qui deviendra le premier tube posthume de l’histoire de la musique !

Finalement, on se rend compte que des albums posthumes ont pu être de vrais trésors pour l’Histoire de la Musique…   Peut être aurons-nous donc de très bonnes surprises en Mai prochain ?

 


La mort, un nouveau business

Mais dans d’autres domaines, hors de la musique, la mort est aussi entrain de devenir un véritable produit. Avec la multiplication des séries traitant de la mort, le tabou de la mort n’est plus. Six Feet Under, Dexter, Hannibal… la Mort (voire même la mort « gore ») fait désormais partie de notre quotidien. Au point où celle-ci est devenue une activité lucrative et de nombreuses entreprises fleurissent tous les jours autour de ce business : des agences évènementielles se spécialisent dans les organisations de funérailles comme vous en rêvez ou encore proposent des tombes personnalisées GLA-MORT (bon ok je sors ^^)

tombes

C’est kitch et pourtant ça se vend ! Avec un chiffre d’affaire de 2,5 milliards d’euros en 2013 les entreprises funéraires espèrent atteindre les 5 milliards en 2015. Mais il n’y a pas que la mort physique qui se gère : la mort 2.0 aussi ! Facebook propose de signifier la mort de quelqu’un sur son profil Facebook, le supprimer ou le garder actif comme outil de mémoire… Google va un peu plus loin et permet de rédiger un testament virtuel qui permet de léguer son compte à quelqu’un de confiance
Pour les plus organisés et prévoyants d’entre vous: il existe des sites comme Movieternity qui propose d’enregistrer une vidéo que vos proches verront à votre mort, ou encore DeadSocial qui permet d’envoyer des tweets ou des statuts Facebook pré-enregistrés automatiquement … un peu comme les lettres d’amour de Gerry à Holly dans PS I Love you, vous savez ?

Les mentalités de nos sociétés évoluent… mais évoluent-elles dans le bon sens ? Tout ce marketing autour de la mort montre bien que notre monde est en pleine crise sociale puisqu’avec internet, la mort est totalement déshumanisée : le désir de l’éternité est tel que nous sommes prêts à payer des services pour continuer à exister encore un peu, même de manière virtuelle. Nous sommes aussi prêts à acheter les albums posthumes de nos artistes préférés par nostalgie et pour continuer à le faire vivre. On en revient à l’éternel désir de la vie éternelle.

 Sur ce, je vous laisse méditer sur cette citation de Woody Allen : « L’éternité c’est long… surtout vers la fin ! » 

Et vous ? Que pensez-vous de ce marketing autour de la mort des artistes ? autour de notre propre mort ? Pour ou contre la selfie Instagram agrandie sur la tombe ? :D

En attendant… Enjoy your life !
Marjorie Lechardeur

2 comments

  1. Anaïs VEG   •  

    PFFFFIIIOOUUU !!
    Effectivement en lisant le titre je me suis dit : « Marjorie est à côté de ses escarpins aujourd’hui ! »
    Le parallèle avec la rentabilité des morts-vivants et celle des vivants-pas-encore-mort est bien trouvé et j’ai appris pleins de trucs (glauque par contre) sur notre nouvelle façon d’envisager la mort.
    Mais avons-nous changer notre façon de voir la vie?
    Tant de questions qui me taraudent lol, finalement c’est peut-être moi qui suis névrosée.
    En tous cas, c’est un très bon article.

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