Libé, Une descente aux enfers


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Les actionnaires de Libération ont annoncé leur ambition de vouloir faire du journal « un réseau social, créateur de contenus  sur une large palette de supports multimédias (print, vidéo, TV, digital, forums, évènements, radio, etc.) », provoquant le scandale de la rédaction

Les salariés de Libération s’en sont pris directement aux actionnaires et se sont appropriés la Une du Journal. « Nous sommes un journal, pas un restaurant, pas un réseau social, pas un espace culturel, pas un plateau télé, pas un bar, pas un incubateur de start-up… » ont titré le samedi 8 février, qui crie sur cinq pages sa « colère ». Et les mots retranscrits dans ce dossier pour décrire les premières réactions des journalistes sont sans appel : « foutage de gueule », « bras d’honneur », « insulte ».

Dans un texte émis sur le site, les actionnaires actuels  (les hommes d’affaires Bruno Ledoux, Edouard de Rothschild et le groupe italien Ersel) ont pour la première fois précisé leurs intentions vis-à-vis du journal avec des ventes en chute libre mais également  financièrement sur le déclin.

Le siège transformé en espace culturel

Les actionnaires jugent que le déménagement du journal est « inévitable» pour combler le déficit mais réfléchissent, à transformer les 4 500 m2 du siège du journal, en « un espace culturel et de conférence comportant un plateau télé, un studio radio, une newsroom digitale, un restaurant, un bar, un incubateur de start-up ».

Ce « lieu d’échange ouvert et accessible à tous, journalistes, artistes, écrivains, philosophes, politiques, designers » serait « entièrement dédié à l’univers Libération et à son univers » dans l’esprit d’un «carrefour de toutes les tendances politiques, économiques, ou culturelles » en misant sur « la puissance et la notoriété de la marque Libération ».

Ce papier émis par les actionnaires ne précise pas le sort exact réservé à la rédaction et ne chiffre pas les investissements nécessaires à la mise en place de ce vaste chantier, mais Bruno Ledoux a précisé: « Le papier restera au cœur du système mais ne sera plus le système lui-même. Nous allons créer un espace culturel ouvert à tous, de 8 heures à 22 heures : c’est une idée novatrice, à l’heure où tous les médias cherchent des relais de croissance, chacun avec son propre ADN. Ce lieu apportera des ressources complémentaires qui aideront au développement du journal ».

Photo 2La colère des salariés

Après avoir pris connaissance des nouveaux projets de Libération, les salariés, qui venaient de reprendre le travail après 24 heures de grève, se sont à nouveau réunis en assemblée générale pour négocier avec les actionnaires. Ne voyant aucun débouché dans cette affaire,  ils ont déposé un préavis de grève le dimanche pour le lundi. Ils ont aussi décidé d’exprimer leur position dans le journal à paraître le samedi suivant, et en partie sur le site le vendredi soir. Après toutes ces revendications, et voyant aucune réaction, ils ont décidé de se réunir à nouveau en assemblée générale dès le dimanche suivant, pour faire parler de leur intention.

Dans un éditorial visant les lecteurs, ils révèlent les interrogations des salariés « le projet des actionnaires  qui a provoqué la stupéfaction puis la colère de l’équipe, tant celui-ci est éloigné du  métier et de leurs valeurs ». « Il n’offre aucune perspective d’avenir sérieuse au journal que vous tenez entre les mains. S’il était appliqué, Libération se verrait ramené à une simple marque. Les semaines qui viennent s’annoncent difficiles, mais nous restons unis et déterminés. »

« Depuis qu’on discute avec François Moulias (membre du directoire du journal), qui fait office de négociateur, il n’a jamais été question d’un plan pareil ! On s’est fait avoir ! », a pu déclarer Tonino Serafini, dans un papier paru dans le journal.

Samedi 8 février,  jour de la parution du journal, l’actionnaire et promoteur immobilier Bruno Ledoux, contacté par une chaîne d’information, dénonçait « l’attitude ringarde des salariés, qui refusent de se réformer sans avoir voulu écouter notre projet ».  Selon un e-mail émis le  vendredi soir aux autres actionnaires et à la direction du quotidien,  M. Ledoux emploie un langage encore plus agressif et qui n’a pas du tout plus aux employés : « Je veux les rendre ringards tous ces esprits étriqués et tirer un coup d’avance, un coup cash, où tout est dit, y compris le projet sur l’immeuble. »

Extrait de l’émission de Jean-Marc Morandini : « Le grand direct des médias »

Titre : «Le journal Libération en Crise »

  Extrait Emission Le grand direct des medias

Une constante chute des ventes, à l’aube de ses 40 ans

Le Groupe Libération emploie +  de 290 salariés mais depuis  quelques années, Libé se plonge de plus en plus dans la crise avec des finances étriqués et cherche de nouveaux promoteurs prêts à investir dans ce journal catégorisé à gauche. La raison n°1 de ce déficit est  que  les actionnaires actuels, refusent de remettre de l’argent. Raison évoquée par les actionnaires, les ventes du quotidien, qui fête ses 40 ans en 2014, ont chuté de plus de 15 % sur l’ensemble de l’année 2013 et sont tombées en novembre sous 100 000 exemplaires, à 97 299, le score le plus bas depuis plus d’une dizaine d’années.

En novembre, les salariés avaient adopté à près de 90 % des voix une motion de défiance contre Nicolas Demorand et Philippe Nicolas, les deux coprésidents du directoire. Au mois de janvier, les actionnaires avaient alors nommé François Moulias homme d’affaires de surcroît, l’artisan d’un plan d’économies qui demandait  déjà aux salariés d’accepter des baisses volontaires de salaires. Cette demande était accompagnée par une promesse de nouveaux investisseurs qui auraient dû être connus dans les deux mois.

Breaking News : Demorand pose sa dém

Le 13 Février 2014, et devant le refus de compréhension et d’écoute entre les deux parties, Nicolas Demorand a décidé de déposer sa démission. . Les salariés sont en conflit ouvert avec les actionnaires principaux du quotidien. Ils s’opposent à leur projet pour Libé dont les ventes sont en chute libre. Dans ce climat plus que délétère, Nicolas Demorand a décide de quitte le navire. « J’ai décidé de démissionner de ma fonction de directeur et de quitter Libération », explique, dans un entretien accordé au Monde, celui qui avait prit ses fonctions en Mars 2011.

En attendant de trouver de nouveaux investisseurs, des solutions de court terme sont mises en œuvre pour éviter la faillite. Le tribunal de commerce a accepté de rééchelonner le remboursement de la dette de 6,4 millions d’euros du journal. Ce dernier négocie en outre un prêt auprès de l’Etat et les actionnaires de « Libé » pourraient verser une somme symbolique. Mais le problème de fond, lui, n’est toujours pas résolu.

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