Le silence Caribéen

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Quand on vous dit Guadeloupe, Antilles…

Vous pensez à :

a) Bizarre qu’on en parle, j’en ai rêvé la nuit dernière
b) J’y vais cet été, j’ai déjà mis mon trikini dans ma valise
c) J’ai vu dans le 20minutes qu’il s’y passait des trucs mais j’ai eu la flemme de lire jusqu’au bout

La réalité Caribéenne est tout autre que celle vendue sur les cartes postales et autres sites de voyages.

 

Petit flash back en 2009.

Mais si rappelez-vous : la grève générale, les manifestations musclées contre la hausse des prix (imaginez près de 7€ le pot de Nutella©) et l’explosion du chômage. Elie Domota et ses propos anticolonialistes (du genre la Guadeloupe au Guadeloupéens) qui lui vaudront un procès pour incitation à la haine raciale et qui choqueront la France métropolitaine, etc.

La crise avait frappé de plein fouet nos DOM-TOM et la Guadeloupe était un des acteurs majeurs des contestations. Sauf que ce vent de révolte n’avait soufflé qu’une semaine plus (trop?) tard sur le continent (certainement la faute à ce satané « Jet Lag »).

Aujourd’hui, alors que la Guadeloupe (et les Antilles en général) est confrontée à de graves problèmes économiques et sociaux et que sa population se meurt ; elle se heurte une fois de plus à la barrière de l’océan.

D’où ma question, pourquoi taire des événements aussi graves ?

Vous allez me dire : « Mais de quels événements parles-tu ? »

Je pense que la chanson Poudrière de Kalash (son nom ne vous dit peut-être rien, mais en 2009 il a gagné le prix SACEM de la meilleure chanson Ragga/Dancehall de l’année) résume plutôt bien les « événements » en question.

Pour ceux qui n’ont pas pris la peine d’écouter la chanson (no stress, pas besoin d’avoir fait LV3 Créole pour comprendre les paroles alors pas d’excuses pour ne pas cliquer) le refrain est assez explicit :

« Certaines nuits c’est l’enfer, j’entends au loin les Mama cry
On se croirait en pleine guerre, de tous les côtés ça mitraille
Comme un parfum d’poudrière, pour un rien ça défouraille
Ils se croient dur comme fer mais à chacun ses funérailles »

Sur un beat reprenant les codes du reggae et musique Western, Kalash évoque les problèmes insulaires actuels : gang, ghettos, délinquance, violences, drogue, armes,  j’en passe et des meilleures.

Qui n’a pas entendu parler des 12 meurtres à Marseille ? Et bien sachez que c’est la Guadeloupe qui détient le triste record du département le plus dangereux de France avec 38 homicides commis en 2013!

Il est facile de comparer ces chiffres même si il faut être honnête, les mobiles de crimes sont totalement différents. A Marseille nous assistons plutôt à des règlements de compte mafieux. Alors que du côté Caribéen, c’est plutôt la faute à la paupérisation de la population avec des cambriolages, vols à main armée qui dégénèrent. En somme, rien de bien inquiétant n’est-ce pas?

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Le saviez-vousLe saviez-vous

En 2013 en France métropolitaine, le chômage chez les 15-24 ans était de 24,5%. En Guadeloupe, ce pourcentage monte à 50%,
pour les allergiques des maths ça représente 1 jeune sur 2. 20% de la population active locale est au chômage elle aussi. Sauf que ces chiffres n’ont pas l’air de nous interpeller outre mesure.

Manuel Valls (a.k.a Manu Militari), notre Ministre de l’Intérieur avait prévu, en octobre 2013, une visite de terrain pour tenter d’apporter des réponses à ces phénomènes de violence qui gangrènent les îles. Manque de bol, en métropole, une dénommée Léonarda Dibrani se faisait toper à la sortie de l’école direction un vol charter.
Les étudiants français crient au scandale, le Gouvernement cafouille et en bon soldat, Manu rapplique illico presto en abandonnant les Antillais à leur triste sort.

 Dans une interview à propos de la venue du « 1er flic de France », le syndicaliste Elie Domotta (encore lui) déclarait :

« C’est du cinéma! Que va dire Manuel Valls ? Que c’est un pays violent, appeler à un sursaut républicain, donner quelques gendarmes, quelques policiers de plus? Ça ne va rien changer.
Le nœud du problème, c’est le développement économique. »

Le développement économique, il est bien là le problème.

Le premier secteur d’activité des îles françaises c’est le tourisme (l’agriculture vient en second).
Les quelques médias français qui ont abordé ce sujet épineux se sont contentés de citer les chiffres alarmant de la violence. Certains n’ont évoqué que la venue du Ministre et ont fait un tout petit rikiki laïus sur la situation mais rien de très impliquant pour nous autres métropolitains.

Pas étonnant que le CTIG (Comité du Tourisme des Îles de Guadeloupe) n’est pas apprécié cette mauvaise publicité. Si les professionnels du tourisme « comprennent et respectent la mission d’information et de transmission des médias » , ils souhaitent poser des limites en leur demandant « de faire preuve de compréhension pour ne pas fragiliser le tourisme ».
Le CTIG ne cesse de matraquer qu’aucune criminalité n’est commise envers les touristes et que cette dernière est restreinte à certains quartiers identifiés et hors des circuits touristiques.

Bref, c’est le serpent qui se mord la queue. On ne dit rien pour ne pas fragiliser le système économique et en ne disant rien on n’envenime presque la situation.

Certains ont toujours espoir de faire changer les choses. Par exemple, la Préfète, Marcelle Pierrot et la Procureure Générale de la Guadeloupe, Catherine Champrenaud ont lancé une nouvelle campagne inspirée de ce qui se fait aux Etats-Unis et intitulée « Déposez les armes ». Cette campagne a pour but de réduire le nombre d’armes à feu détenues illégalement par les particuliers en leur permettant de les remettre sans crainte d’être poursuivis.Campagne "Déposez les armes"

Cette courageuse initiative a permis de récupérer, en trois semaines, 89 armes et 459 munitions selon les chiffres officiels actuels. Cet arsenal hétéroclite allait du revolver « non classé »  au fusil à pompe en passant par le fusil de chasse ; alors même que l’île ne compte que 1200 armes déclarées.

Une situation inquiétante qui mérite d’être mise en lumière pour faire réagir un tant soit peu l’opinion publique à la gravité de la situation aux Antilles.

J’espère en tout cas que mon article vous aura sensibilisé (révolté ?) et donner envie de voir plus loin que les plages de sable fin et des cocotiers.

Enfant de la Télé qui rêve du monde de la pub / Étudiante M2 Communication 365° @ECSParis #Com #Publicité #Medias #Digital, diplômée très prochainement et fondue de danse #HipHop #Ragga

4 comments

  1. Alexandra   •  

    Merci Anaïs pour cet article passionnant et très bien écrit. Tu m’as éclairé sur un phénomène dont j’avais à peine entendu parler alors qu’il s’agit de mon pays ! Je me pose la question une fois de plus : pourquoi les médias n’en parlent-ils pas ? Réponse à méditer…

    • Anaïs VEG   •  

      Merci Alexandra, je suis contente de vpor que ce sujet te fasse réagir c’était le but.

  2. Sarah Teriitaumihau   •  

    Merci pour cet article Anaïs, les médias n’en parlent pas parce que le public ne s’y intéresse pas… c’est aux pouvoirs publics, aux associations et aux représentants de l’Outre-mer de se bouger pour changer la vision réductrice sur ces territoires.

  3. Elsa   •  

    Bravo pour cet article Anaïs ! Plus les voix s’élèvent, mieux elles sont entendues !

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