La France et Daft Punk : une histoire d’amour définitivement terminée ?

daft-punk-gisele-wsj-magazine-2

Les Daft Punk ont tout raflé ces temps-ci ! Qu’il s’agisse du succès sans précédent de leur nouvel album Random Access Memories sorti en mai 2013 ou de leur victoire écrasante aux Grammy Awards le 26 janvier dernier, le groupe originaire de nos chères contrées semble être au-dessus de tout le monde. Indestructible. Inaccessible.

2014-01-27T072508Z_1_APAEA0Q0KLY00_RTROPTP_3_OFRTP-USA-GRAMMY-AWARDS-DAFT-PUNK-20140127

Sortant grand vainqueur de la cérémonie avec cinq statuettes dont celle du meilleur album de l’année, le duo avait tout pour faire plaisir à son pays. Mais quelle est donc cette étrange rumeur semblant se propager parmi les organisateurs des Victoire de la Musique, l’une des plus prestigieuses cérémonies françaises dédiée à la musique et censée se dérouler le 14 février prochain ? Les Daft Punk refuseraient de prendre part aux festivités et ne souhaiteraient pas être nommés ! Mais comment ça ! L’opinion publique semble avoir peine à y croire jusqu’à ce que la nouvelle soit confirmée. Les hommes casqués bouderaient-ils la cérémonie ?

Car la question demeure entière ! Pourquoi auraient-ils accepté de participer aux Grammy Awards américains tout en délaissant dans le même temps leurs propres cérémonies nationales ? D’autant plus que l’ambiance générale de l’événement risquera de souffrir de cette absence. Mais alors pourquoi avoir fait ce choix ?

photo_1326956592

En fait, cette décision ne viendrait pas d’un simple retard pris dans la réservation de leurs billets d’avion pour la France ! Non, loin de là. Elle viendrait tout simplement d’une nouvelle image et communication que le duo entend entretenir à l’avenir. On les savait depuis quelques années amateurs du style de vie américain, le groupe ayant ses quartiers près de la ville de Los Angeles en plus de Paris. Mais de là à boycotter la France ! Les organisateurs tendent cependant à relativiser, annonçant que la France n’était plus vraiment une priorité pour le mystérieux duo et que ces derniers souhaitaient se concentrer sur une carrière internationale.

Les Daft Punk : une nouvelle image pleinement assumée

Car c’est bien de cela qu’il s’agit ! Le groupe a toujours eu l’ambition de briller au niveau mondial et a montré assez tôt sa volonté de se détacher de son pays natal. A tel point que les plus grands représentants de la « French Touch » semblent désormais sonner « made in Hollywood » !

Au vu de leur nouvel album, on sent que la patte française n’est plus. Des sonorités influencées par le funk US au détriment des beats européens des premiers titres de leur discographie, des chansons chantées par des invités de marque de la scène musicale américaine comme Pharell Williams ou Nile Rodgers… Même leur maison de disque historique, Virgin-Emi, n’a pas su tenir la comparaison face à l’ogre américain Columbia, appartenant au groupe nippon Sony Music Entertainment. Autant de signes qui ne trompent malheureusement pas quant au nouveau chemin emprunté par le groupe.

get-lucky-daft-punk

Mais la musique n’est pas la seule preuve de cette nouvelle image qui est à présent la leur. Leurs célèbres casques donnent aussi le ton : leur création a été dirigée non pas en France mais dans un des studios d’Hollywood par Tony Gardner, le réalisateur du fameux clip Thriller de Michael Jackson. Par ces informations, le fan pourra aisément lire l’ambition démesurée du duo, ces derniers n’ayant pas peur de partir à la conquête d’une planète aussi médiatisée et renommée qu’Hollywood.

daft-punk-documentaire-casque-600x400

Mais d’où leur est venue cette nouvelle manière de communiquer ? Pourquoi un tel attrait vis-à-vis des Etats-Unis ? Quelques réponses pointent le bout de leur nez, semblant au premier abord évidentes mais dénoncées par les fans français, de peur d’entrevoir une réalité qui est hélas bien présente actuellement.

Il paraîtrait en effet que l’appel envoûtant d’un Hollywood et d’une Amérique remplie de célébrités musicales internationales ait fait son petit effet auprès du duo et que cette attirance pour l’exceptionnel et le grandiloquent offerts par les américains ne soit pas étrangère à ce nouveau mode de communication. La réussite et la renommée internationale : voilà ce que recherchait Daft Punk depuis le début. Et quoi de mieux que de baigner parmi un océan de stars et de célébrités en tous genres pour réaliser son rêve ! D’aucuns appuieraient d’ailleurs cette ambition par le fait que le groupe a reçu ses premières acclamations en Angleterre, et non en France comme pourraient le penser de nombreuses personnes. Leur premier label n’était pas français, mais écossais. Son désir de passer outre les frontières de son pays ne date donc pas d’hier.

Daft Punk, c’est également, et avant tout, un visuel, un concept à lui tout seul. Reconnaissables au premier coup d’œil, le duo casqué n’a pas su et voulu allier sa vision originale avec le milieu musical français. Tout événement laissant apparaître derrière leurs platines les deux compères se transformera automatiquement en show exceptionnel. Peu importera la setlist, peu importera la couleur de leurs vêtements ou la forme de leurs casques, les Daft Punk plairont ! Et c’est en misant sur ce côté exceptionnel et privilégié de leurs spectacles que le groupe a choisi de se tourner vers les Etats-Unis. Les moyens mis en œuvre pour organiser les Grammy Awards ne jouent clairement pas dans la même catégorie que son homologue français, les Victoires de la Musique. Disposant d’un programme moins impressionnant, de par ses nominés d’une part mais également de par son image légèrement vieillissante, il était certain que les Victoires de la Musique n’étaient pas faites pour attirer les Daft Punk cette année. Sans doute ne s’imaginaient-ils pas débarquer sur scène aux côtés de Christophe Maé ? Un petit Stevie Wonder ou un Pharell Williams semblent beaucoup plus appropriés pour le groupe. Pourrait-on craindre un éventuel snobisme de la part des Daft Punk, considérant actuellement la scène française comme un milieu situé à des années-lumière de sa réussite et de sa renommée ?

daft-punk-pharrell-williams-stevie-wonder-grammy-awards-2014

D’autant plus qu’un conflit récurrent avec la SACEM, la société responsable des droits d’auteur des artistes en France, n’a pas encouragé le groupe à revenir dans son pays natal. Ayant anticipé l’éclatement de la bulle Internet, Daft Punk avait interdit à la SACEM de contrôler la totalité de leurs droits d’auteur, notamment en ce qui concernait leurs droits d’auteur sur Internet et en synchronisation (spots publicitaires, par exemple). La SACEM n’a toujours pas digéré la situation, s’attirant le rejet du groupe tout en les confortant dans leur quête de renommée internationale et leur éloignement progressif de nos frontières.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>